We’re the Ghosts,13 novembre 2015
Le soir du 13 novembre 2015, je me prépare à quitter mon appartement en écoutant la version a cappella de Under Pressure, par David Bowie et Freddie Mercury, trouvée par hasard sur Internet. Retentit alors un bruit fort et incompréhensible, comme un camion qui déverserait de la ferraille… Mais passé 21 heures, c’est plutôt surprenant.
Je sors pour rejoindre des amis.
Dans la rue Bichat, je prends la direction opposée au Petit Cambodge, puis monte la rue du Faubourg-du-Temple sans voir qu’à ma droite, quelques minutes plus tôt, un carnage vient d’avoir lieu à La Bonne Bière.
Je monte jusqu’à Belleville, où un cordon de sécurité m’interdit de revenir sur mes pas. Contraint et forcé, je me réfugie dans un bar qui ferme son rideau de fer. Nous finissons la nuit enfermés là, dans une ambiance enfumée de danse et d’alcool, tandis que des punks jouent aux cartes et pestent contre Hollande, qui passe sur un petit téléviseur où l’on découvre peu à peu l’ampleur de ce qui vient de se produire.
Quand je rentre vers quatre heures du matin, un camion de télévision est garé devant ma porte, et la danse des journalistes commence. Pendant de nombreux jours, mon quartier se transforme en plateau télévisé 24 heures sur 24, aux allures de cimetière improvisé où se bousculent les journalistes, les badauds et les touristes.

La semaine qui suit l’événement, je trouve d’abord ma pratique artistique assez dérisoire. Je sens que je ne peux pas travailler comme si de rien n’était.
Pourtant, je prends plus que jamais conscience qu’au-delà du refuge que l’art pourrait m’offrir, il y a là un moyen de communier avec les autres et, peut-être, de faire du bien.
J’écris ainsi les paroles de la chanson We’re the Ghosts.
Toutefois, je ne veux surtout pas ajouter une couche de tristesse. Je prends le parti d’une dynamique énergique et de paroles optimistes, malgré mon état de sidération.
Parole aux fantômes, qui reviennent de notre mémoire pour nous aider à traverser les moments difficiles. C’est une chanson volontairement idéaliste : We were one before it blew, we’ll mix colors with this blue.
Le mélange est ici une manière de résister à la logique de séparation. Fils d’une mère française et d’un père iranien, j’ai toujours vécu cette rencontre entre deux cultures comme quelque chose de constitutif de mon identité. Dans le contexte des attentats, il me semblait d’autant plus important de défendre cette possibilité d’un lien entre Orient et Occident, plutôt que de céder à l’idée d’un affrontement entre les deux.
La chanson parle ainsi de mémoire, de perte et de peur, mais aussi de ce qui peut continuer à nous relier. Les fantômes ne sont pas seulement ceux qui ont disparu : ils sont aussi les souvenirs, les absents, ce qui demeure en nous et peut nous aider à traverser la nuit.
Je voulais faire une chanson qui ne nie pas la peur, la perte ou l’absence, mais qui leur oppose quelque chose : la mémoire, la lumière, l’espoir, et la possibilité de faire corps.
Et ce, d’où que l’on vienne.
We’re the Ghosts (de l’EP d’ADhAM : …Seeking Something)
Paroles :
We’re the ghosts
Coming from the past
Bringing light in your shadow
We’re the ghosts
In a world so vast
Saying you’re never alone
We’re the ghosts
You don’t know what to say
You doubt what you know
If the wind could stay
I would make it grow
We’re the ghosts
Coming from the past
Bringing light in your shadow
We’re the ghosts
Memories will last
Giving hope to reach the dawn
We’re the ghosts
You don’t know what to say
You doubt what you know
If the wind could stay
I would make it grow
If you’ve lost your way
Here we come
Nightmare while awake
Will soon be gone
I just come to bring a sun
Where some thought darkness had won
We were one before it blew
We’ll mix colors with this blue
Missing loved ones stay in you
Where you thought nothing could grow
Memories will help you pass through
We’re the ghosts who make fears go