Comment peut-on être Persan ?

Film court – 2026

Archives photos et vidéos, intelligence artificielle générative Réalisation, écriture, montage, effets visuels, musique : Sebastien Loghman

RÉSUMÉ

Né en France d’un père iranien, je dialogue avec une intelligence artificielle qui devient le dispositif d’une enquête identitaire. Entre archives familiales et images générées, le film explore une “identité et demi”.

 


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Comment peut-on être Persan ? / Vidéo – 2026
OPLINEPRIZE #18

texte de Hafida JEMNI DI FOLCO, curatrice / jurée
MAI 2026

Je vous présente dans le cadre de la 18e édition l’OPLINEPRIZE, le film « Comment peut-on être Persan ? », réalisé par l’artiste plasticien Sébastien Loghman,  né en France d’un père iranien.

Dans ce court métrage, il s’adresse à une intelligence artificielle pour enquêter sur ce que cela veut dire, pour lui, d’être «Persan  » aujourd’hui.

L’IA n’est ni l’ennemie du film, ni un simple gadget technologique. Elle est traitée comme un personnage, un véritable partenaire d’échanges voir de dialogue. L’artiste l ”interroge à travers des questions simples, frontales :

« Qui suis-je ?

À quoi ressemble un Persan né en France ?

À quoi ressemble la maison de mon père à Téhéran ? »

L’IA répond avec ses moyens, ses outils : des images, des récits, des résumés. Le film quant à lui, montre un film en 16mm de famille. Le film naît dans ce choc entre une image plausible, mais fabriquée de toutes pièces, et une archive intime, tout aussi construite, mais chargée de mémoire.

 

Tout au long du film, deux images se répondent :

– les archives familiales : vidéos, photos, fragments de voix ;

– les images générées par l’IA : portraits, paysages, reconstitutions de scènes.

Aucune de ces deux sources n’est la vérité.

L’archive est déjà une mise en scène partielle, située ; l’image générée est totalement fictionnelle, mais crédible.

Le noyau porteur du film, est incarné par l’écart entre les deux : ce que l’IA projette sur lui et ce que ses propres traces racontent.

Pour penser cet écart, l’artiste s’appuie sur la notion d’«  identité et demie  ».

Il ne se vit pas comme moitié Français, moitié Iranien, mais comme quelque chose qui déborde ces catégories.

Ce «  et demie  », c’est tout ce qui échappe aux papiers d’identité, aux cases, mais aussi aux algorithmes :

les silences de la famille, les malentendus de langue, la mémoire de l’exil, la situation politique, la honte parfois, la fierté aussi, l’humour.

L’IA, elle, doit simplifier pour fonctionner. Elle classe, elle stabilise, elle propose une version cohérente de ce qu’il devrait être en s’appuyant sur des images et des récits surtout produits en Europe et aux États-Unis.

Le film ne cherche pas à la dénoncer, mais à montrer ce frottement : d’un côté, une identité vécue comme excédentaire, « et demie » ; de l’autre, une machine qui, par nature, réduit et range.

Le titre, « Comment peut-on être Persan ? », fait directement écho aux Lettres persanes de Montesquieu. Au XVIIIᵉ siècle, cette question exprimait déjà l’étonnement européen devant l’Autre, une forme d’exotisation, mais aussi un jeu de miroirs : à travers des Persans imaginaires, Montesquieu observait en réalité la société française.

En 2026, le film déplace ce dispositif : ce n’est plus un Persan fictif qui commente l’Occident, mais une IA entraînée majoritairement sur des sources occidentales qui tente de définir ce qu’est un Persan moderne. L’algorithme reprend ainsi, à sa manière, la place du regard européen chez Montesquieu : il fabrique un personnage persan de synthèse, que le film vient interroger, fissurer, contredire. Le projet dialogue donc avec Montesquieu tout en le déplaçant dans le champ des technologies contemporaines de l’image et du récit.

Formellement, « Comment peut-on être Persan ? » est un film-essai : – un dialogue entre la voix de l’artiste et la voix de la machine, – un montage d’aller-retour permanent : chaque fois que l’IA produit une synthèse de son identité, une archive intime vient la fissurer, la nuancer ou la contredire, – des moments de bug, de malentendu ou de silence, où ni l’IA ni le narrateur ne parviennent à  conclure.

La narration se construit précisément dans ces fissures. L’IA n’est pas un décor, mais un véritable partenaire dramaturgique : ses réponses orientent la structure du film, et les images, la voix de l’artiste viennent sans cesse corriger, dévier ou, parfois, assumer ses propositions.

Le film est écrit comme une enquête à deux voix : humaine et machinique dont aucune ne détient la clé ; la mise en scène organise leur dialogue  pour que ce qui reste intraduisible, cette «  identité et demie  », devienne le véritable centre narratif.

L’artiste ne demande pas à l’IA de lui dire qui il est ; il lui demande de montrer où elle s’arrête. Le film commence précisément là : dans cette zone qui échappe autant à la machine qu’à son propre récit, parce qu’elle est en mouvement perpétuelle, et qui, peut-être, constitue aujourd’hui sa manière d’être Persan.

 


DIFFUSION

2026

OPLINEPRIZE – contemporary art and new media prize – NUIT BLANCHE de Paris 

• présentation du film au festival Côté Court, table ronde « IA et mise en scène, quoi de (vraiment) neuf ?. Discussion critique avec des cinéastes à partir de leurs expérimentations. Table organisée et modérée par la SRF. »